L’IA générative freine l’embauche des jeunes dans les métiers exposés
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Token FM
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Victor
Bonjour Théa, on vous accueille pour parler du recul des embauches des jeunes dans les métiers exposés à l’intelligence artificielle générative. Une recherche menée par la Banque de France et une équipe d’HEC mesure ce phénomène. Qu’est-ce qui est nouveau dans ces résultats ?
Théa
Alors, le résultat central, c’est que les embauches en contrat à durée indéterminée des 21-29 ans ont reculé de 28,3 % depuis novembre 2022 dans les métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle générative. Dans les professions les moins exposées, le recul est de 7,5 %. L’étude couvre plus de 1 500 métiers, d’après le Journal du Net. Elle compare l’évolution des embauches depuis que l’intelligence artificielle générative est accessible au grand public. Ce n’est donc pas seulement une impression sur quelques entreprises ou quelques recrutements : la différence apparaît dans un large éventail de métiers, même si ces chiffres ne suffisent pas, à eux seuls, à prouver que l’intelligence artificielle en est l’unique cause.
Victor
Comment les chercheurs définissent-ils les métiers exposés, et que mesurent précisément ces chiffres ?
Théa
L’exposition renvoie ici à des professions où une part importante du travail consiste à produire, traiter ou mettre en forme de l’information. On peut penser, par exemple, aux interprètes et aux traducteurs, aux journalistes, aux cadres chargés d’études économiques, financières ou commerciales, ou encore à certains techniciens des opérations bancaires. À l’autre extrémité, les métiers qui reposent davantage sur une présence physique ou une relation directe sont moins exposés dans cette comparaison. L’étude ne dit pas que toutes les tâches de ces professions peuvent être automatisées, ni que chaque poste va disparaître. Elle mesure surtout des évolutions d’embauche dans des groupes de métiers classés selon leur niveau d’exposition, et non le remplacement individuel de chaque jeune par un outil d’intelligence artificielle.
Victor
Pourquoi les jeunes semblent-ils davantage concernés que les salariés plus âgés ?
Théa
L’écart de recul entre les métiers exposés et les moins exposés atteint 20,8 points chez les 21-29 ans. Après 50 ans, il est de 3,8 points. Les auteurs avancent une explication liée à la répartition des tâches dans l’entreprise : les salariés débutants reçoivent souvent des missions que les outils génératifs peuvent accomplir plus facilement. Ils ont aussi moins d’expérience pour apporter d’autres compétences qui les rendent indispensables aux yeux d’un employeur. C’est une interprétation des chercheurs, pas une preuve que tous les recrutements juniors sont remplacés par l’intelligence artificielle. Mais elle aide à comprendre pourquoi les premiers postes, ceux qui permettent d’apprendre en travaillant, pourraient être particulièrement sensibles à un changement dans l’organisation des tâches.
Victor
Le recul concerne-t-il seulement les contrats à durée indéterminée, ou voit-on aussi un changement tous contrats confondus ?
Théa
La baisse ne semble pas se limiter aux contrats à durée indéterminée. Tous contrats confondus, les embauches des 21-29 ans ont reculé de 22,1 % dans les métiers exposés entre novembre 2022 et mars 2026. Dans les métiers physiques, elles ont au contraire augmenté de 1 % sur la période. Cette comparaison va à l’encontre de l’idée que les entreprises auraient simplement remplacé les contrats à durée indéterminée par des contrats à durée déterminée pour continuer à recruter autant. Elle montre plutôt que le volume global des embauches des jeunes diminue dans les professions exposées. Là encore, on parle d’une tendance agrégée : ces chiffres ne permettent pas de connaître le motif de chaque contrat, ni la situation de chaque secteur pris séparément.
Victor
Y a-t-il des métiers où le phénomène apparaît de façon particulièrement nette ?
Théa
Oui, le cas des développeurs et des ingénieurs informatiques ressort particulièrement. Chez les 21-29 ans de ces professions, les embauches en contrat à durée indéterminée ont baissé de 42 % entre 2022 et 2026. C’est une baisse plus forte que celle constatée pour l’ensemble des métiers exposés, où le recul atteint 28,3 % depuis novembre 2022. Ces postes sont au cœur des discussions sur l’intelligence artificielle, parce que les outils peuvent intervenir dans certaines tâches de programmation. Mais les données citées portent sur les embauches, pas sur le nombre total de personnes employées ni sur la productivité des développeurs. Elles ne permettent donc pas de conclure que la profession disparaît, ni que l’automatisation explique seule ce ralentissement.
Victor
Que peut-on dire des développeurs plus expérimentés, et quelles limites faut-il garder en tête ?
Théa
Le recul de l’écart avec l’âge indique que les jeunes sont davantage touchés dans cette comparaison, mais il ne signifie pas que les développeurs expérimentés sont épargnés. Les éléments disponibles précisent que la baisse des embauches concerne aussi les développeurs plus âgés, sans fournir ici de chiffre détaillé pour chaque tranche d’âge. Il faut également rester prudent sur la causalité : la période étudiée commence en novembre 2022, mais plusieurs facteurs peuvent influencer les décisions des entreprises. Les résultats mettent en évidence une différence entre métiers plus ou moins exposés, et une baisse marquée chez les jeunes ; ils ne montrent pas, à eux seuls, quelle part est directement attribuable aux outils génératifs. C’est une distinction importante pour ne pas confondre une corrélation observée avec une explication complète du marché de l’emploi.
Victor
Qu’est-ce que ces résultats changent pour les jeunes qui cherchent à entrer sur le marché du travail ?
Théa
Ils montrent d’abord que l’accès au premier emploi peut se resserrer dans certains métiers, en particulier quand les tâches de début de carrière sont proches de celles que les outils peuvent prendre en charge. Pour les jeunes candidats, cela peut rendre l’entrée dans ces secteurs plus difficile, sans signifier que toute embauche est bloquée. Les chiffres ne permettent pas de désigner une formation ou une compétence précise qui garantirait un emploi. Ils invitent plutôt à regarder comment les métiers évoluent et quelle place reste accordée à l’apprentissage, à l’accompagnement et aux tâches qui demandent du jugement ou une relation humaine. Ce sont des enjeux que les chiffres d’embauche soulèvent, mais l’étude citée ne mesure pas directement les parcours de formation ni les stratégies individuelles des candidats.
Victor
Peut-on en déduire que les entreprises embauchent moins parce que l’intelligence artificielle réalise déjà le travail des juniors ?
Théa
Non, ce serait aller au-delà de ce que les résultats établissent. La baisse est plus forte dans les professions classées comme exposées, ce qui rend le lien avec l’intelligence artificielle pertinent à examiner. Mais les chiffres ne détaillent ni les choix de chaque entreprise, ni les tâches effectivement confiées à un outil, ni les raisons de chaque recrutement annulé ou reporté. Les chercheurs proposent une piste : les tâches de débutants seraient parfois plus faciles à automatiser, tandis que les jeunes ont moins d’expérience pour se différencier. C’est une explication plausible avancée dans le contexte de l’étude, pas la démonstration que l’intelligence artificielle est l’unique facteur. Il faut donc parler d’un ralentissement associé à l’exposition, plutôt que d’un remplacement direct établi poste par poste.
Victor
Enfin, quel est le chiffre ou l’idée essentielle à retenir de cette étude ?
Théa
L’idée essentielle, c’est que les jeunes sont davantage concernés par le recul des embauches dans les métiers exposés à l’intelligence artificielle générative. Depuis novembre 2022, les embauches en contrat à durée indéterminée des 21-29 ans y ont baissé de 28,3 %, contre 7,5 % dans les professions moins exposées. L’écart entre ces évolutions atteint 20,8 points chez les jeunes, alors qu’il est bien plus limité après 50 ans. Les développeurs et ingénieurs informatiques de 21-29 ans connaissent une baisse encore plus prononcée, de 42 % entre 2022 et 2026. Ces données décrivent un signal fort sur l’entrée dans l’emploi, mais elles ne disent pas que l’intelligence artificielle supprime mécaniquement tous les postes concernés : elles montrent surtout que le marché recrute moins de jeunes dans les professions les plus exposées.
Victor
Merci Théa pour ces éclairages sur l’évolution des embauches des jeunes dans les métiers exposés à l’intelligence artificielle générative.
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