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En Victoria, l’IA au cabinet : plus d’usage, pas moins d’honoraires

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Victor

Bonjour Théa, on vous accueille pour parler des avocats de l’État australien de Victoria : leur usage de l’intelligence artificielle progresse, mais les baisses d’honoraires restent minoritaires. Que montre le nouveau recensement ?

Théa

Le recensement de 2026 porte sur 2 221 avocats de Victoria et indique que 55 % utilisent l’intelligence artificielle dans leur pratique, contre 37 % l’année précédente, d’après The Guardian. C’est une progression nette en un an, mais elle ne signifie pas que tous les cabinets ont adopté les mêmes outils ou les emploient de la même manière. Le chiffre décrit une réponse déclarée par les avocats interrogés, pas une mesure détaillée de chaque tâche confiée à un système. Sur les honoraires, seuls 26 % disent que l’usage de l’intelligence artificielle a entraîné une baisse des montants facturés à leurs clients. Alors, l’adoption progresse bien plus largement que la baisse des factures : les deux évolutions ne vont pas automatiquement de pair. Le recensement distingue ainsi la diffusion des outils de leur effet économique concret pour la clientèle.

Victor

Quels outils les avocats utilisent-ils, et que sait-on de leur place dans le travail juridique ?

Théa

Le recensement distingue les chatbots grand public des outils conçus spécialement pour les services juridiques. 79 % des avocats interrogés déclarent utiliser des outils grand public comme ChatGPT, Claude, Gemini ou Copilot, tandis que 22 % indiquent recourir à des outils spécialisés dans le droit. Ces catégories ne sont pas présentées comme des groupes séparés : les chiffres portent sur les usages déclarés et ne disent pas qu’un avocat n’emploie qu’une seule catégorie. Le recensement ne détaille pas quelles tâches sont confiées à chaque outil, ni la fréquence de leur utilisation. Il ne permet donc pas de conclure, par exemple, qu’un chatbot rédige systématiquement des documents ou qu’un outil juridique remplace une étape précise du travail. Ce qu’il établit, c’est la place importante des assistants grand public dans les réponses, malgré l’existence d’outils conçus pour le secteur juridique. Pour comprendre les conséquences pratiques, il faut aussi regarder les différences entre domaines d’activité et entre types de clientèle.

Victor

Dans quels domaines l’usage est-il le plus répandu, et qui déclare réellement une baisse des honoraires ?

Théa

L’usage déclaré atteint 85 % dans les pratiques commerciales. Il se situe à 78 % dans la banque et la finance, et au même niveau dans l’informatique et les télécommunications. À l’inverse, il est moins répandu en droit pénal, à 29 %, en droit de la famille, à 45 %, et en droit administratif, à 46 %. Ces écarts montrent que la diffusion varie selon les secteurs, sans expliquer à eux seuls pourquoi les professionnels adoptent davantage ces outils dans certains domaines. Pour les honoraires, 34 % des avocats travaillant pour des entreprises rapportent une baisse, contre 23 % de ceux qui facturent des clients particuliers. La réduction reste donc minoritaire dans les deux catégories, même si les réponses des avocats qui travaillent pour des entreprises la signalent plus souvent. Le rapport indique aussi que 18 % des professionnels interrogés disent que l’intelligence artificielle leur a permis d’accepter des missions qui n’auraient pas été rentables auparavant. Cela peut correspondre à une nouvelle façon d’utiliser les gains d’efficacité, sans que le chiffre mesure le prix final payé par chaque client. Le recensement décrit des effets déclarés, et non un calcul indépendant de la rentabilité de chaque dossier.

Victor

Pourquoi les gains d’efficacité ne se traduisent-ils pas plus souvent par des honoraires plus bas ?

Théa

Les gains d’efficacité ne se traduisent pas souvent par une baisse des honoraires : seuls 26 % des avocats interrogés déclarent cette diminution. La chercheuse principale et coauteure du rapport, Georgie Rychner, estime que les gains d’efficacité associés à l’intelligence artificielle sont moins importants que prévu. Elle indique que les professionnels vérifient les résultats produits par ces outils, ce qui pourrait réduire une partie du temps économisé. Le rapport rappelle qu’en 2025, 89 % des praticiens interrogés disaient prendre des mesures pour vérifier l’exactitude des résultats de l’intelligence artificielle. Il ne mesure pas pour autant le temps de vérification de chaque avocat, ni la part exacte de l’efficacité absorbée par cette étape. Georgie Rychner avance aussi que les clients d’entreprise, souvent utilisateurs réguliers de services juridiques, pourraient mieux connaître ces prestations et être en mesure de demander des prix plus bas. Cette explication est une piste avancée par la chercheuse, pas la démonstration d’une cause unique. Elle peut éclairer l’écart entre les 34 % qui signalent une baisse pour les clients d’entreprise et les 23 % pour les particuliers, sans permettre d’affirmer que la fréquence d’utilisation des services explique à elle seule cette différence.

Victor

Quelles difficultés les avocats signalent-ils lorsque leurs clients utilisent eux-mêmes des chatbots ?

Théa

Les réponses font apparaître des difficultés lorsque les clients utilisent l’intelligence artificielle pour leurs recherches juridiques. 46 % des avocats interrogés disent que des clients arrivent avec des informations inexactes ou trompeuses, et 41 % indiquent recevoir des documents générés par l’intelligence artificielle qu’il faut corriger. Près de la moitié des avocats déclarent que l’usage de ces outils par leurs clients augmente le temps et les efforts nécessaires. À l’inverse, 19 % constatent une diminution du temps et des efforts. Il faut garder en tête qu’il s’agit des réponses de professionnels interrogés : ces chiffres ne signifient pas que chaque recherche ou chaque document produit par un chatbot comporte une erreur. Ils indiquent toutefois qu’une partie du travail peut consister à reprendre des informations ou des documents apportés par les clients. Le recensement ne chiffre pas la durée de ces corrections, ni leur coût dans chaque dossier. Il montre donc un effet possible sur la charge de travail, qui peut aller dans le sens d’un effort accru comme d’un effort réduit selon les réponses recueillies.

Victor

Au final, que faut-il retenir de l’écart entre l’adoption de l’intelligence artificielle et ses bénéfices pour les clients ?

Théa

Le point essentiel, c’est que l’adoption de l’intelligence artificielle et la baisse des honoraires ne progressent pas au même rythme. En un an, la part des avocats qui déclarent utiliser ces outils passe de 37 % à 55 %, mais seuls 26 % rapportent une diminution des honoraires facturés à leurs clients. En parallèle, 46 % disent que des clients arrivent avec des informations inexactes ou trompeuses, et 41 % qu’ils leur présentent des documents générés par l’intelligence artificielle qui doivent être corrigés. Près de la moitié des avocats signalent un surcroît de temps et d’efforts lorsque leurs clients utilisent ces outils, tandis que 19 % constatent au contraire une diminution. On peut donc retenir que l’usage déclaré ne garantit pas, à lui seul, une baisse de la facture. Le recensement ne dit pas que l’intelligence artificielle n’apporte aucun gain, mais il montre que ces gains ne sont pas systématiquement signalés comme une réduction des honoraires. Il met aussi en évidence des conséquences différentes selon le domaine de pratique et le type de clientèle. Pour les clients, le résultat dépend donc de plusieurs réalités que ces chiffres ne permettent pas de réduire à un seul indicateur : l’adoption, les tâches concernées, les vérifications nécessaires et les honoraires effectivement facturés.

Victor

Merci Théa pour cet éclairage sur l’usage de l’intelligence artificielle et les honoraires des avocats de Victoria.

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